
La conservation, c’est la mise en place d’actions en faveur de la protection de la biodiversité, c’est-à-dire tous les écosystèmes, les milieux et les espèces qui les constituent, face aux changements globaux causés par les activités humaines. Ces conférences présentent les sciences de la conservation et leurs enjeux. Elles explorent l’héritage intellectuel qui a mené à la diversité des valeurs et des pratiques qui se côtoient aujourd’hui. Elles ont pour but de développer une culture scientifique et philosophique de l’environnement et de connaître les grands jalons de cette histoire, depuis la création du parc de Yellowstone jusqu’aux COP du climat et de la biodiversité.
Le rapport particulier entre les humains et les autres espèces vivantes a un passé long et riche. Les humains ont appris à domestiquer, à cultiver, à être accompagnés par ces espèces. Il y a eu autant de façons d’interagir que de cultures et de peuples. Humains et non-humains ont toujours entretenu des relations profondes, jusqu’à l’interdépendance. Cependant, dans une grande partie du monde, les changements de société et le progrès technique des uns ont insidieusement fragilisé l’intégrité des autres, et ce rapport est devenu intenable. L’idée que quelque chose est en train de mal tourner est née d’un constat de dégradation et d’un sentiment de perte. Et cette idée est plus ancienne que ce que l’on pourrait croire. Dès le XVIIe siècle, certains observateurs attentifs ont alerté sur l’état de dégradation de certains milieux et la réduction des populations de certaines espèces. C’est ensuite au XIXe siècle, aux États-Unis, que ces idées prirent une réelle forme philosophique et scientifique, sous l’influence de l’héritage romantique européen, et se traduisirent par un mouvement en faveur de la protection des vastes espaces sauvages américains, jusqu’alors exploités sans aucune considération particulière. À la tête de ce mouvement, des figures littéraires emblématiques : Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson, John Muir.
Dès lors, pendant plus d’un siècle, des idées émergèrent, des mouvements naquirent, des voix s’élevèrent pour alerter et théoriser. La philosophie et l’éthique de l’environnement formalisèrent des concepts majeurs comme le biocentrisme, l’écocentrisme, le droit environnemental, l’anthropocène. Des courants de pensée de la conservation se développèrent, s’opposèrent, s’unifièrent. Les changements et les risques croissants rendirent plus que jamais nécessaire l’implication des mondes économique et politique. Les sciences de la conservation devinrent un champ de recherche à part entière, multiforme, complexe, impliquant une approche transdisciplinaire et une mise en œuvre transpartisane.